Quand le Jazz-Rumba devient mémoire vivante du Congo avec Yeremia Vindu et son album « Kasuku »

Quand le Jazz-Rumba devient mémoire vivante du Congo avec Yeremia Vindu et son album « Kasuku »

À Goma, certaines musiques ne se contentent pas de passer dans les oreilles. Elles s’installent dans la poitrine. Kasuku, le deuxième album de Yeremia Vindu, fait partie de celles-là.

Artiste originaire du Nord-Kivu, trompettiste, chanteur et compositeur, Yeremia Vindu dévoile une œuvre dense, habitée, presque méditative. Avec Kasuku, il affirme une identité musicale qu’il nomme lui-même Jazz-Rumba : un langage hybride, libre, enraciné, où la tradition congolaise dialogue avec l’improvisation jazz et les urgences du présent.

Kasuku : le perroquet qui transmet, pas celui qui répète

Le titre de l’album n’est pas un hasard. Kasuku, le perroquet, est symbole de transmission, de mémoire et de voix multiples. Mais ici, pas question de répéter sans comprendre. Yeremia Vindu détourne le symbole pour interroger la société : que faisons-nous de ce que nous héritons ? Que transmettons-nous vraiment à la génération suivante ?

Composé de 14 titres, l’album se présente comme une galerie sonore, où chaque morceau est un tableau vivant, nourri par l’enfance de l’artiste, sa foi, ses doutes, et l’expérience d’une génération née dans les années 90, entre conflits, espoir et quête identitaire.

Un héritage musical assumé, une liberté revendiquée

Dans Kasuku, les influences sont claires mais jamais écrasantes. On y entend l’ombre élégante de Tabu Ley, la puissance engagée de Fela Kuti, la délicatesse de Lokua Kanza, la virtuosité de Richard Bona, et même le souffle lointain de Louis Armstrong.

Mais Yeremia Vindu ne copie pas : il converse avec ses maîtres.

Le résultat est une musique à la fois savante et accessible, enracinée et cosmopolite, qui refuse les frontières rigides entre genres, langues et générations.

Des titres qui parlent, sans crier

Parmi les morceaux déjà disponibles, plusieurs se distinguent par leur force narrative et symbolique :

« Ewenyu » : un hymne à la fierté culturelle chanté en kinande, qui célèbre l’identité sans folklore figé.

« Kasuku » : le titre éponyme, audacieux et subtil, qui critique l’immobilisme et l’inertie de certains leaders politiques, sans slogans faciles.

« Pesa » (feat. René Byamungu) : une fusion rumba East Africa poignante sur l’argent, ses promesses et ses pièges.

« Hangana » : une réflexion intime sur la comparaison sociale, portée par des rythmes salsa inattendus.

« Tayiminya » : une critique douce mais lucide de la perte d’identité des jeunes face à une modernité souvent déconnectée des racines.

La musique comme outil de guérison

Yeremia Vindu ne se limite pas à la scène. Directeur Pays de l’organisation Music Beyond, Inc., il conçoit la musique comme un levier d’impact social, un espace de guérison et de dialogue pour une région marquée par des décennies de violences.

Son jazz-rumba devient alors un acte presque thérapeutique : un pont entre les contes de l’enfance, les blessures collectives et la liberté de l’improvisation. Une manière de dire que la culture peut réparer ce que la politique a parfois brisé.

De Goma au monde

De Goma à New York, en passant par Dakar et Kinshasa, Yeremia Vindu porte une musique qui parle d’Afrique sans caricature, avec dignité, profondeur et espoir. Il incarne l’une des voix les plus créatives du nouveau mouvement jazz en RDC, un mouvement encore discret, mais terriblement nécessaire.

L’album Kasuku est actuellement disponible en achat libre sur la plateforme Play MB et sera progressivement déployé sur toutes les plateformes de streaming internationales.

Cinq titres sont déjà accessibles sur la chaîne YouTube officielle de l’artiste.