Le reggae n’a jamais été une musique de confort. Il est une clameur, une torche allumée dans les couloirs sombres du pouvoir. Avec son nouveau single « Mutamba », annoncé sur sa page Facebook, Tiken Jah Fakoly ravive cette flamme militante qui fait sa signature depuis plus de vingt ans. Cette fois, la voix panafricaine s’élève pour Constant Mutamba, homme politique congolais, ancien ministre de la Justice, actuellement incarcéré à Kinshasa.
Dans une vidéo publiée pour annoncer la sortie du titre, prévue ce vendredi 23 janvier, l’artiste ivoirien ne mâche pas ses mots. Selon lui, Constant Mutamba serait victime d’un piège politique, conséquence directe de sa popularité croissante et de ses prises de position contre ce qu’il appelle le « système ». Une arrestation perçue non pas comme un acte judiciaire neutre, mais comme une manœuvre pour lui « barrer la route ».
Ce positionnement n’est pas une première. Tiken Jah Fakoly inscrit « Mutamba » dans la continuité de ses engagements passés. Il rappelle avoir déjà pris fait et cause pour Alpha Condé, ancien président guinéen, emprisonné après des élections controversées en Guinée-Conakry. À l’époque, il avait estimé que la prison n’était pas sa place, un combat qui donnera naissance à un titre devenu emblématique.
Même logique pour Ousmane Sonko, aujourd’hui Premier ministre du Sénégal. Sans chanson dédiée cette fois-là, mais avec des t-shirts réclamant sa libération, portés durant toute une tournée internationale. Le message est clair : pour Tiken, l’injustice n’a pas de nationalité, et la solidarité ne nécessite pas de relations personnelles.
« Ce sont des gens que je ne connais pas, que je n’ai jamais rencontrés, mais que j’estime victimes d’injustice », insiste-t-il.
Concernant Constant Mutamba, l’artiste panafricain le présente comme un espoir pour le Congo, un pays qu’il décrit à la fois comme immensément riche et tragiquement affaibli. Riche en ressources, riche en potentiel, mais pauvre en unité.
« Le Congo est faible parce qu’il est divisé, parce qu’il est manipulé », affirme-t-il.
Dans « Mutamba », Tiken Jah Fakoly opère un parallèle fort, presque audacieux :
« Quand je pense à Lumumba, je vois Mutamba ».
Une phrase lourde de sens, qui inscrit Constant Mutamba dans une filiation symbolique avec Patrice Lumumba, figure mythique du combat pour la souveraineté congolaise. Une comparaison qui ne manquera pas de susciter débats, adhésions ferventes et critiques acerbes.
Au-delà de la musique, l’artiste lance un appel direct aux Congolais : écouter le morceau, regarder le clip, mais surtout se mobiliser pour réclamer la libération de Constant Mutamba. Il précise toutefois respecter les opinions contraires, fidèle à une démarche qu’il qualifie de personnelle et militante.
« Ce que je fais, c’est mon combat : le combat du reggae pour la justice et l’égalité. »
Avec « Mutamba », Tiken Jah Fakoly rappelle que l’artiste africain peut encore être un contre-pouvoir, une conscience éveillée, un griot moderne qui questionne le présent en convoquant le passé. Est-ce une prise de risque ? Oui. Est-ce une provocation ? Sans doute. Mais c’est surtout une continuité logique pour un musicien qui n’a jamais séparé sa musique de ses convictions.
Goma webradio se pose une question : le reggae peut-il encore changer le cours des choses, ou au moins réveiller les consciences ?
Oredy MUSANDA