Le cadre du mouvement citoyen Filimbi et défenseur des droits humains Christopher Muyisa dit ne pas être d’accord avec certaines déclarations du ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo.
Il appelle les Congolais à réfléchir davantage sur la politique agricole du pays et sur la dépendance de la RDC aux financements extérieurs.
La question du financement de l’agriculture en République démocratique du Congo continue de susciter des réactions. Parmi celles-ci, celle de Christopher Muyisa, qui se dit « sidéré » par certains propos tenus par le ministre de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, Muhindo Nzangi Butondo, lors d’une conférence consacrée notamment à la relance des projets agricoles avec différents partenaires.
Pour Christopher Muyisa, les déclarations du ministre devraient interpeller profondément l’opinion publique congolaise, particulièrement dans un pays qui dispose, selon lui, d’un potentiel agricole considérable.
Le défenseur des droits humains estime que les propos du ministre mettent en lumière une faiblesse structurelle de la politique agricole congolaise : l’insuffisance des moyens publics consacrés à ce secteur.
Il s’interroge notamment sur le fait qu’une grande partie des financements destinés à certains projets agricoles proviendrait de partenaires extérieurs.
« Comment expliquer que la RDC, avec son immense potentiel agricole, puisse encore dépendre autant des financements extérieurs pour développer son agriculture ? », s’interroge-t-il.
Pour lui, cette situation devrait pousser les autorités à revoir leurs priorités budgétaires et à considérer l’agriculture non seulement comme un secteur économique, mais également comme une question de souveraineté nationale et de sécurité alimentaire.
Christopher Muyisa s’interroge également sur le suivi des semences distribuées aux agriculteurs et aux différentes coopératives agricoles. Il estime qu’au-delà de la distribution, l’État devrait mettre en place un mécanisme rigoureux de suivi permettant de savoir si les semences ont effectivement été utilisées, dans quelles conditions et avec quels résultats.
Il se demande notamment si les semences distribuées ont réellement été mises en terre, si les agriculteurs ont bénéficié d’un accompagnement technique et si les récoltes ont fait l’objet d’une évaluation.
Pour lui, la distribution des intrants agricoles ne devrait pas constituer une finalité en soi. Elle devrait s’inscrire dans une chaîne comprenant l’accompagnement, la production, le stockage, le transport, la transformation et la commercialisation.
La visite du ministre à Kindu, dans le cadre de la pisciculture, constitue également un point majeur de ses interrogations. Christopher Muyisa se dit particulièrement interpellé par la manière dont le ministre aurait présenté, avec humour, certaines difficultés rencontrées lors de cette visite, notamment autour de la production piscicole.
Selon lui, une visite ministérielle devrait être précédée d’une préparation et d’une collecte d’informations permettant au responsable gouvernemental de mesurer concrètement les progrès, les difficultés et les besoins du secteur.
Pour Christopher Muyisa, cet épisode devrait plutôt conduire à une réflexion sur la qualité du suivi des projets agricoles et piscicoles financés ou soutenus par l’État et ses partenaires.
Au-delà de la polémique autour des déclarations du ministre, Christopher Muyisa veut surtout replacer le débat dans une perspective plus large.
Il rappelle que la RDC dispose d’importantes ressources foncières et d’un potentiel agricole considérable qui pourrait permettre au pays de jouer un rôle majeur dans l’approvisionnement alimentaire de la région.
Mais pour lui, ce potentiel ne pourra être transformé en véritable richesse que si les conditions nécessaires sont réunies, notamment la sécurisation des zones rurales, l’accès aux financements, l’encadrement des agriculteurs, la construction des infrastructures de stockage et de transport ainsi que la transformation locale des produits agricoles.
« Il faut permettre aux agriculteurs et aux paysans de cultiver, stocker, transporter, nourrir, vendre et transformer les produits agricoles congolais », soutient-il, appelant ainsi à rompre avec une dépendance excessive vis-à-vis de l’extérieur.
Christopher Muyisa évoque également les initiatives agricoles menées par le Service national, notamment à Kanyama Kasese, sous la conduite du général Kasongo Kabwik. Il considère ces expériences comme des initiatives qui mériteraient d’être évaluées, renforcées et éventuellement reproduites à plus grande échelle afin de contribuer à l’autosuffisance alimentaire du pays.
Selon lui, la question n’est donc pas de savoir si la RDC possède les terres et les ressources nécessaires pour développer son agriculture, mais plutôt de déterminer si les autorités sont prêtes à consacrer suffisamment de moyens, de planification et de suivi à ce secteur.
Au terme de sa réflexion, le cadre de Filimbi invite la population congolaise à ne pas considérer les déclarations du ministre comme une simple polémique politique. Il appelle plutôt les citoyens à s’interroger sur les choix budgétaires du pays, la dépendance aux partenaires extérieurs, le suivi des projets agricoles et la capacité de l’État à transformer les immenses potentialités du territoire national en production concrète.
Pour Christopher Muyisa, l’enjeu dépasse largement la seule agriculture. Il touche à la souveraineté alimentaire, à l’emploi des jeunes, au développement des milieux ruraux et à la capacité de la RDC à nourrir sa propre population.
Il plaide ainsi pour une véritable prise de conscience nationale, selon lui, la RDC dispose du potentiel agricole nécessaire, mais encore faut-il que les moyens, la volonté politique, la sécurité et le suivi des projets soient à la hauteur des ambitions du pays.
Faustin DUNIA CHANÇARD