Face à la recrudescence des massacres dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu, Maître Léopold Bagula, avocat et citoyen congolais engagé, a adressé une lettre ouverte au Président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, dans laquelle il exprime son indignation face à la persistance de l’insécurité et appelle à des mesures fortes pour protéger les populations civiles.
Datée du 2 mai 2026, cette correspondance constitue un véritable cri d’alarme sur la situation sécuritaire préoccupante qui continue de endeuiller les habitants de l’Est de la République démocratique du Congo, malgré la mise en œuvre de l’état de siège.
Dans sa démarche, Maître Bagula rappelle que la Constitution de la République démocratique du Congo consacre la protection de la vie humaine comme une obligation fondamentale de l’État. Il cite notamment l’article 52 qui dispose que « la personne humaine est sacrée » et que l’État a le devoir de la respecter et de la protéger.
Pour l’avocat congolais, les massacres récurrents observés dans le territoire de Beni démontrent que cette obligation constitutionnelle peine à être pleinement assurée. Il évoque particulièrement l’assassinat tragique de l’artiste culturel pygmée Mangesse ainsi que de plusieurs membres de sa famille, un drame qui a profondément choqué l’opinion publique locale.
Selon lui, ces événements illustrent l’urgence d’une réponse institutionnelle plus efficace face à une crise sécuritaire qui perdure depuis plusieurs années.
Maître Léopold Bagula estime que l’état de siège, instauré afin de restaurer l’autorité de l’État et de mettre un terme aux violences armées dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, montre aujourd’hui des limites opérationnelles importantes.
Il considère que les responsables politico-administratifs et sécuritaires actuellement en fonction n’ont pas obtenu les résultats attendus en matière de protection des populations civiles et de sécurisation des territoires affectés par les attaques armées.
Pour lui, le constat est clair : la stratégie mise en œuvre jusqu’à présent nécessite une réévaluation profonde afin de répondre efficacement aux défis sécuritaires persistants.
Dans sa lettre, Maître Bagula rejette l’idée selon laquelle son appartenance à la majorité présidentielle ou à la plateforme de l’Union Sacrée devrait l’empêcher de dénoncer les difficultés rencontrées par les populations de l’Est du pays.
Il affirme que le patriotisme véritable exige de dire la vérité lorsque la nation traverse des moments critiques. S’appuyant sur la pensée du philosophe congolais Godefroid Kä Mana, il rappelle que les intellectuels et les citoyens ont le devoir moral de combattre la fatalité et de contribuer à l’émergence d’une conscience collective capable de défendre la dignité humaine.
Pour l’avocat, garder le silence face aux souffrances des habitants de Beni reviendrait à cautionner indirectement leur calvaire.
Au cœur de son message figure une demande explicite adressée au Chef de l’État : procéder à un remaniement rapide des institutions concernées par la gestion de la sécurité.
Maître Bagula estime que le peuple de Beni attend des signaux forts et des décisions courageuses susceptibles de restaurer la confiance entre les citoyens et les autorités publiques.
Il plaide en faveur de la nomination de dirigeants qu’il décrit comme intègres, patriotes et visionnaires, capables de traduire concrètement la vision présidentielle d’un Congo fort, stable et pacifié.
Selon lui, le moment est venu d’insuffler une nouvelle dynamique au sein des structures chargées de la gouvernance et de la sécurité afin d’obtenir des résultats tangibles sur le terrain.
Une interpellation au nom du patriotisme et de la souveraineté nationale
S’inscrivant dans une perspective panafricaniste et républicaine, Maître Bagula rappelle que l’exercice du pouvoir n’a de sens que lorsqu’il sert à protéger les citoyens les plus vulnérables et à garantir la souveraineté nationale.
Il invite les autorités à accorder à la situation de Beni et du Nord-Kivu une attention comparable à celle mobilisée dans la défense du territoire national contre les agressions extérieures.
Pour lui, la sécurisation durable de l’Est du pays demeure une condition essentielle pour la consolidation de la paix, de l’unité nationale et du développement de la République démocratique du Congo.
Pour conclure son adresse au Président de la République, Maître Léopold Bagula cite les paroles du défunt Général Mahele Bokungu :
« Lorsque les services de sécurité n’arrivent pas à mettre un terme à la criminalité, sachez que les criminels se cachent dans le service de sécurité. »
À travers cette référence, il appelle à une vigilance accrue, à une évaluation rigoureuse des mécanismes sécuritaires et à une lutte sans concession contre toute forme de complicité susceptible d’alimenter l’insécurité.
Cette lettre ouverte reflète les préoccupations de nombreux citoyens du Nord-Kivu confrontés quotidiennement aux violences armées.
Au-delà de la dénonciation, elle constitue une interpellation citoyenne adressée aux plus hautes autorités de l’État afin que des mesures fortes, rapides et efficaces soient prises pour mettre fin aux massacres et restaurer durablement la paix dans la région de Beni.
Par cette initiative, Maître Léopold Bagula entend rappeler que la protection de la vie humaine demeure la première mission de tout État de droit et que les populations de l’Est de la République démocratique du Congo ont droit à la sécurité, à la dignité et à l’espérance.
Faustin DUNIA CHANÇARD
Journaliste de paix