Le 25 mai 2026 marque un tournant historique avec la publication de l’encyclique « Magnifica Humanitas » par le pape Léon XIV. Pour la première fois, un souverain pontife ne se contente pas de déplorer les actes de chrétiens isolés, mais demande « sincèrement pardon » pour le rôle direct de l’Église en tant qu’institution dans la légitimation de l’esclavage. Ce geste symbolise l’aboutissement d’un long et douloureux processus de « purification de la mémoire » ?
L’implication de l’Église n’a pas toujours été celle de la condamnation. En 1454, la bulle « Romanus Pontifex » du pape Nicolas V a tragiquement autorisé le roi du Portugal à conquérir les terres d’Afrique et à réduire les populations en « servitude perpétuelle« . Ce document, perçu comme une déclaration de « guerre sainte » contre l’Afrique, considérait les non-chrétiens comme des ennemis du Christ dont les biens et les personnes pouvaient être saisis. Pendant des siècles, l’institution a ainsi toléré, voire réglementé, les modalités de soumission des « infidèles ».
Si des voix comme celle d’Eugène IV en 1435 (Sicut dudum) ou de Paul III en 1537 (Sublimis Deus) ont tenté d’interdire l’esclavage des indigènes, ces positions restaient souvent limitées ou ignorées par les colons. Il a fallu attendre le 19e siècle pour qu’une opposition plus ferme émerge. En 1839, avec la bulle « In supremo apostolatus« , le pape Grégoire XVI condamne le commerce des esclaves, bien que certains catholiques esclavagistes aient tenté d’en minimiser la portée. C’est finalement sous Léon XIII en 1888 que l’Église transforme son opposition en un véritable point de doctrine, affirmant que l’esclavage est en contradiction totale avec la dignité humaine.
Le processus de pardon moderne a véritablement débuté avec Jean-Paul II en 1992 sur l’île de Gorée. Dans ce « sanctuaire de la douleur noire », il a confessé le « péché de l’homme contre l’homme ». Ce mouvement s’est poursuivi en 2024 sous le pape François, qui a inclus l’esclavage et le colonialisme parmi sept nouveaux péchés cardinaux (laissez moi en grandir : sept nouveaux péchés cardinaux) lors d’une cérémonie de repentance à la Basilique Saint-Pierre, reconnaissant que l’Église a été « complice » de systèmes d’oppression.
Les évêques d’Afrique, réunis à Gorée en 2003, ont également apporté une dimension cruciale à cette analyse en reconnaissant la part de responsabilité de certains chefs africains dans la traite, appelant à une conversion des cœurs pour briser les mentalités de mépris et de haine qui perdurent encore aujourd’hui.
L’analyse de Léon XIV dans « Magnifica Humanitas » ne se limite pas à une relecture du passé. En liant l’histoire de l’esclavage aux défis technologiques actuels, il avertit que l’IA pourrait devenir une « nouvelle forme de servitude humaine » si elle n’est pas désarmée et mise au service de la dignité.
En fin, le pardon de l’Église catholique pour l’esclavage est un acte d’humilité institutionnelle indispensable, selon certains commentaires sur différentes publications sur les réseaux sociaux. Reconnaître que l’institution a pu « longtemps tolérer » l’innommable est le premier pas vers une crédibilité retrouvée. Cependant, comme le soulignent de nombreux observateurs, ce pardon ne prendra tout son sens que s’il s’accompagne d’actions concrètes pour combattre les « esclavages modernes » ( traite des êtres humains, exploitation économique ou aliénation numérique ) qui continuent de blesser l’humanité.
Oredy MUSANDA